Faut-il vraiment finir un livre qu’on n’aime pas ?
On a tous ce roman commencé qui prend la poussière à la page 80. S’accrocher par principe ou refermer sans culpabiliser : trahison ou liberté ?
C’est le dilemme de tout lecteur. Ce roman que tout le monde adore, que ta meilleure amie t’a mis entre les mains avec des étoiles dans les yeux… et qui te tombe des mains. Tu avances à reculons, tu relis trois fois le même paragraphe, tu trouves soudain très urgent de ranger tes chaussettes. Faut-il t’accrocher jusqu’à la dernière page, ou refermer sans culpabiliser et passer au suivant ?
L’équipe « on finit ce qu’on commence »
Les partisans de la dernière page ont leurs raisons, et elles se tiennent. Certains livres se méritent : leur début est lent, leur univers met du temps à se mettre en place, et la récompense arrive tard. Combien de lecteurs ont failli lâcher un roman devenu, cent pages plus loin, l’un de leurs préférés ?
Il y a aussi une forme de respect : pour l’auteur, qui a parfois passé des années sur son texte, et pour soi-même, qui s’était promis d’aller au bout. Sans oublier la curiosité. Même un livre qu’on n’aime pas pose parfois une question dont on veut connaître la réponse.
L’équipe « la vie est trop courte »
En face, les adeptes de l’abandon rappellent une évidence : la vie est courte, et la pile à lire, très longue. Chaque heure passée à s’ennuyer dans un livre est une heure de moins pour celui qui pourrait nous bouleverser. Les lecteurs des réseaux sociaux ont même un sigle pour ça : DNF, pour did not finish. Un livre « DNF », c’est un livre qu’on a choisi de ne pas finir, sans honte ni regret.
Ils ont un allié de poids : Daniel Pennac. Dans Comme un roman, l’écrivain a dressé la liste des dix « droits imprescriptibles du lecteur ». Le troisième ? Le droit de ne pas finir un livre, juste après celui de sauter des pages. Et bien avant lui, Montaigne ne s’embarrassait déjà pas de scrupules : « Si ce livre me fâche, j’en prends un autre. »
Ces livres-là ont même leur étagère : dans tropie, le carnet de lecture romance créé par l’équipe de Booksted, « Abandonné » a sa place à côté de Lu, En cours et PAL, sans culpabilité.
Pourquoi on culpabilise autant ?
Si refermer un livre nous coûte autant, c’est souvent une affaire d’habitude. À l’école, on finissait les lectures imposées, qu’on les aime ou non, et le réflexe est resté. S’y ajoute un piège bien connu des psychologues, le biais des coûts irrécupérables : plus on a investi de temps dans quelque chose, plus on a du mal à l’arrêter, même quand on sait que ça ne nous apporte plus grand-chose. Arrivé à la page 200, on se dit qu’il serait dommage d’avoir lu tout ça « pour rien ». Mais les heures passées ne reviendront pas, que l’on termine le livre ou non : la seule vraie question, c’est de savoir comment on a envie de passer les suivantes.
« Abandonner un livre, c’est faire de la place à un coup de cœur. »
La règle des 50 pages
Entre les deux camps, il existe un compromis célèbre : la règle des 50 pages, popularisée par la bibliothécaire américaine Nancy Pearl. Le principe est simple : accorde à chaque livre une cinquantaine de pages pour te convaincre. S’il n’y parvient pas, tu as le droit de passer à autre chose. Si tu as plus de 50 ans, soustrais ton âge de 100 : le résultat te donne le nombre de pages à lire avant de décider. Avec un bonus malicieux : à 100 ans, tu as enfin le droit de juger un livre à sa couverture.
Avant de refermer pour de bon
- Change de moment : un roman qui t’ennuie le soir, quand tu es fatigué, peut te happer un dimanche matin.
- Change de format : certains livres passent beaucoup mieux en version audio, portés par une belle voix.
- Fais une pause plutôt qu’un divorce : il y a des livres qui ne sont simplement « pas pour maintenant ».
- Lis les cinq dernières pages pour savoir si ça vaut le coup… Non, on plaisante. Quoique.
Le livre, lui, n’a pas dit son dernier mot
Le meilleur dans tout ça ? Un livre qui ne t’a pas plu n’est pas un livre raté. C’est simplement un livre qui n’était pas pour toi, et qui deviendra peut-être le coup de cœur de quelqu’un d’autre. Les goûts sont si variés qu’un roman abandonné par l’un peut devenir le livre de chevet d’un autre.
Alors plutôt que de le laisser prendre la poussière sur ta table de nuit, offre-lui une seconde vie. Sur Booksted, tu scannes son code-barres, sa fiche se remplit toute seule et un prix conseillé s’affiche. Quand il est vendu, tu reçois une étiquette prépayée : tu déposes le colis en point relais, et il file vers son prochain lecteur.




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