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Débat

Corner les pages : crime impardonnable ?

Les puristes hurlent, les autres s’en fichent. Entre le marque-page sacré et la page pliée sans remords, chaque lecteur a sa religion. Et toi, team page nickel ou team lecture vécue ?

La rédaction Booksted
La rédaction Booksted · 4 min de lecture
« Corner les pages : crime impardonnable ? »

Tu ouvres un livre d’occasion. Le coin d’une page est plié. Réaction immédiate : horreur absolue, ou petit sourire complice envers le lecteur qui s’est arrêté là avant toi ?

Peu de gestes déclenchent autant de passion chez les lecteurs. Corner une page, c’est plier son coin en forme de petite corne pour retrouver l’endroit où l’on s’est arrêté. Les Anglais parlent de dog-ear, une « oreille de chien ». Pour les uns, c’est un réflexe ; pour les autres, un acte de vandalisme.

Les puristes : un livre, ça se respecte

Pour les défenseurs de la page impeccable, un livre est un objet à préserver. Il a été imprimé avec soin, il nous survivra sans doute, et il passera peut-être entre d’autres mains. Le plier, c’est le marquer pour toujours : même déplié, le coin garde la trace du pli, et sur un vieux livre au papier fragile, il finit parfois par se détacher.

Ce camp a ses règles : marque-page obligatoire, dos jamais cassé, pas de livre ouvert à plat sur la table, et surtout pas de tasse de café posée sur la couverture. On les reconnaît à leurs étagères impeccablement alignées, et à leur léger frisson quand on leur emprunte un roman.

Les lecteurs du quotidien : un livre, ça vit

En face, d’autres lecteurs entretiennent une relation beaucoup plus charnelle avec leurs livres. Ils cornent, soulignent, annotent dans les marges, glissent un ticket de métro entre deux pages, emportent leur roman dans le bain et sur la plage. Pour eux, un livre trop parfait est un livre qu’on n’a pas vraiment lu.

Leur argument se tient : un livre n’est pas une relique, c’est un compagnon. Et un compagnon qui nous a suivis partout porte forcément quelques traces du voyage.

Ce que racontent les livres d’occasion

C’est là que le débat prend une autre couleur. Car dans un livre d’occasion, les traces ne sont plus seulement les nôtres. Une page cornée, une phrase soulignée, une dédicace oubliée sur la page de garde, un ticket de caisse qui sert de marque-page depuis des années : autant de petits messages laissés par quelqu’un qu’on ne rencontrera jamais.

Les écrivains l’ont bien compris. Dans 84, Charing Cross Road, l’Américaine Helene Hanff confiait adorer les dédicaces sur les pages de garde, les notes dans les marges, et ce sentiment de camaraderie qu’on éprouve à tourner des pages que quelqu’un d’autre a tournées avant nous. Et Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates commence justement grâce à un livre d’occasion : sur l’île de Guernesey, un éleveur y découvre le nom et l’adresse de son ancienne propriétaire, et décide de lui écrire.

« Une page cornée, c’est une main qui a tenu le livre avant toi. »

Nos marque-pages de fortune préférés

Entre les deux camps, il existe une voie du milieu : le marque-page improvisé. Ces petits objets glissés entre deux pages finissent souvent par raconter leur propre histoire.

  • Le ticket de caisse, champion toutes catégories : il est toujours là quand on en a besoin.
  • La carte postale, qui transforme chaque pause de lecture en petit voyage.
  • Le billet de train, souvenir du trajet pendant lequel on a dévoré trois chapitres.
  • La feuille d’automne séchée, pour les lecteurs les plus poétiques.
  • Le marque-page glissé par le libraire, qu’on finit par garder des années.

Sur Booksted, chaque livre a déjà vécu

Sur Booksted, on aime les deux camps. Les puristes y trouvent des livres en très bon état, parfois comme neufs. Les autres y dénichent des exemplaires qui ont déjà une histoire, pour quelques euros. Pour que personne ne soit surpris, chaque annonce indique l’état du livre, de « Neuf » à « Abîmé », et les vendeurs précisent les défauts : pages cornées, annotations, couverture marquée. Tu choisis en connaissance de cause.

Les livres qui ont beaucoup vécu ont même leur rayon : les lots à petit prix rassemblent des livres en état satisfaisant ou abîmé, pour que les romans fatigués continuent de circuler au lieu de finir au fond d’un carton.

Alors, crime ou preuve d’amour ?

Peut-être que la vraie question n’est pas de savoir s’il faut corner, mais ce qu’on attend d’un livre. Un objet à garder intact, ou une histoire à vivre jusqu’au bout des doigts ? Les deux se défendent. L’essentiel, au fond, c’est que le livre soit lu, et qu’après nous, il le soit encore.

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