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Débat

Papier ou liseuse : la guerre aura-t-elle une fin ?

L’odeur du papier contre le poids plume du numérique. Chaque camp a de solides arguments… et il existe une troisième voie qu’on oublie souvent : l’occasion.

La rédaction Booksted
La rédaction Booksted · 4 min de lecture
« Papier ou liseuse : la guerre aura-t-elle une fin ? »

Il y a deux camps, et ils ne se parlent plus. D’un côté, les inconditionnels du papier, ceux qui reniflent un livre neuf comme on hume un grand cru et qui ne partent jamais en week-end sans trois romans dans le sac. De l’autre, les adeptes de la liseuse, capables d’emporter trois cents livres dans une poche de manteau et de lire sous la couette sans allumer la lampe.

Le débat dure depuis l’arrivée des premières liseuses à encre électronique, il y a bientôt vingt ans. On l’a enterré cent fois ; il ressuscite à chaque dîner entre lecteurs. Alors posons les armes deux minutes, et regardons ce que chaque camp a vraiment dans son sac.

Le papier, un objet qu’on aime toucher

Le premier argument du papier n’est pas rationnel, et c’est très bien comme ça. Un livre papier, c’est un poids dans la main, un grain sous les doigts, une couverture qu’on affiche fièrement dans le métro. C’est aussi une bibliothèque qui raconte qui l’on est : les étagères d’un salon en disent souvent plus long qu’une heure de conversation.

Le papier a aussi des atouts très concrets. Il ne tombe jamais en panne de batterie. Il se prête, s’offre, se dédicace, et se glisse dans un sac de plage sans crainte du sable. On s’y repère d’instinct : on se souvient qu’un passage se trouvait « vers le début, en haut d’une page de gauche ». Plusieurs études récentes suggèrent même qu’on retient un peu mieux un texte documentaire lu sur papier qu’à l’écran. Pour un roman, en revanche, la différence semble minime : l’histoire nous emporte de la même façon.

La liseuse, une bibliothèque dans la poche

En face, la liseuse aligne des arguments redoutables. Elle pèse environ deux cents grammes et peut contenir des milliers de livres. Son écran à encre électronique ne scintille pas comme celui d’un téléphone, se lit en plein soleil et tient la charge pendant des semaines. On agrandit les caractères en un geste, on cherche la définition d’un mot sans quitter sa page, on lit dans le noir sans réveiller personne.

Pour les grands voyageurs, les lecteurs dont la vue fatigue ou ceux qui dévorent un roman en deux soirs, c’est un vrai confort. Personne n’a jamais regretté de partir en vacances avec une liseuse plutôt qu’avec dix kilos de livres au fond de la valise.

Ce qu’on oublie de compter

Au moment de faire les comptes, pourtant, le duel est moins simple qu’il n’y paraît. Côté prix, le numérique n’est pas forcément donné : en France, c’est l’éditeur qui fixe le prix d’un livre numérique, comme celui d’un livre papier neuf. Un roman récent en version numérique coûte ainsi souvent bien plus cher que le même titre en poche d’occasion. Et le plus souvent, on n’achète pas vraiment un fichier mais un droit de lecture attaché à un compte : difficile, voire impossible, de le prêter à une amie ou de le revendre une fois lu.

Côté planète, la liseuse n’est pas l’arme écologique absolue qu’on imagine. Sa fabrication demande des métaux, de l’électronique et de l’énergie. Selon les analyses de cycle de vie, il faut lire plusieurs dizaines de livres dessus avant qu’elle ne devienne plus vertueuse que le papier neuf, et à condition de la garder longtemps.

Et si la vraie réponse, c’était l’occasion ?

Et si on avait tort de poser la question ainsi ? Car il existe une troisième voie, souvent oubliée dans ce débat : le livre d’occasion. Le même papier, la même odeur, le même plaisir de tourner les pages, pour une fraction du prix et sans rien fabriquer de neuf. Un livre d’occasion a déjà été imprimé, transporté, lu : chaque nouveau lecteur prolonge sa vie au lieu d’en faire imprimer un autre.

L’occasion offre même ce que ni le neuf ni le numérique ne savent faire. Elle permet de tenter un auteur sans se ruiner, de retrouver des livres épuisés que plus personne ne réimprime, et de faire circuler ceux qu’on a finis. Sur Booksted, un livre lu se remet en vente en quelques minutes : tu scannes son code-barres, sa fiche se remplit toute seule, et il repart vers son prochain lecteur.

« Le livre d’occasion, c’est le papier sans la culpabilité. »

Faut-il vraiment choisir ?

À la rédaction, on a fini par trancher : on ne tranche pas. Beaucoup de lecteurs vivent très bien avec les deux, la liseuse pour les voyages et les gros pavés, le papier pour les livres qu’on veut garder, prêter, offrir ou relire. La vraie bataille n’oppose pas deux supports : elle se joue contre tout ce qui nous empêche de lire. Et sur ce terrain-là, tous les camps sont alliés.

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